Wednesday, November 1, 2023

intrusion saline dans la nappe de la Figarella, aquifères de Calvi; danger de l'eau devenue non-potable?

 intrusion saline dans la nappe de la Figarella

Dans l'aquifère côtier qui alimente la commune de Calvi, la salinité de l'eau augmente légèrement chaque été. Techniciens et scientifiques surveillent ce phénomène de biseau salé que des puits et forages non déclarés pourraient amplifier.

Comment est gérée l'eau sous nos pieds ? 

Si le niveau d'un cours d'eau ou d'un barrage apparaît à la vue de tous, ce n'est pas le cas de la ressource souterraine. En Balagne, où l'eau est un peu plus rare et un peu plus chère qu'ailleurs en Corse, il existe de nombreux puits et forages dont une partie n'est ni contrôlée, ni recensée. Cette extraction "sauvage" de l'eau peut-elle mettre à mal la ressource ? Une nappe côtière trop sollicitée peut être victime d'intrusions salines qui rendraient son eau non potable.
Sur la commune de Calvi, la nappe de la Figarella, en contrebas de l'aéroport, fournit une partie de l'eau qui alimente la ville. L'office de l'équipement hydraulique y exploite quatre forages, tous rigoureusement contrôlés sur la qualité comme sur la quantité. "Il y a un arrêté préfectoral qui définit la quantité maximale de prélèvement, indique Ange de Cicco, le directeur de l'office de l'équipement hydraulique de la Corse. Nous sommes plus stricts que l'arrêté, nous n'atteignons jamais les limites, afin de préserver la nappe des intrusions salines. En saison estivale, nous basculons sur le barrage de Codole, qui devient la principale alimentation en eau de Calvi."

Besoins

Une ville de la taille de Calvi a besoin d'environ 850 000 mètres cubes d'eau par an. En tenant compte de pertes sur le réseau de l'ordre de 15 %, cela équivaut à 1 million de mètres cubes puisés dans les différentes sources d'alimentation. La difficulté est que les besoins les plus importants interviennent l'été, lorsque la ressource est le moins disponible. "Calvi, comme d'autres villes de Corse, cumule les risques, estime Frédéric Huneau, hydrogéologue à l'Université de Corse. Elle est très touristique, elle est située sur le littoral et puise son eau dans la rivière voisine, le champ captant de la Figarella. Le niveau de la nappe diminue durant l'été, et cela induit une arrivée d'eau de mer en profondeur. L'eau se charge progressivement en minéraux ; on parle d'un taux de conductivité. Au-delà de 1,5 gramme de minéraux par litre d'eau, elle n'est plus considérée comme potable car elle ne correspond plus à un usage courant. Ce 1,5 gramme, ce n'est pas énorme, il y a des eaux minérales qui sont au-dessus."

Risques

Lorsque la salinité de l'eau commence à croître, l'office hydraulique réduit son volume de pompage. Un système de monitoring permet une surveillance quotidienne de ce phénomène naturel bien connu des scientifiques, mais pas du grand public. "L'arrivée de l'eau de mer se fait très progressivement, on peut la détecter et ralentir ou arrêter le forage, reprend Frédéric Huneau. Une bonne surveillance, c'est ultra-stratégique. Au retour des pluies, le biseau salé va être expulsé vers la mer par simple écoulement gravitaire. On retrouve alors de l'eau exploitable. Mais en cas de très forte intrusion saline, la salinité va rester dans le sol et maintenir une salinisation résiduelle sur le long terme. Cela mettrait de nombreuses années à se résorber. Cela s'est déjà vu dans toute la frange aride de la Méditerranée, en Espagne, en Tunisie."

Le BRGM, ou Bureau de recherches géologiques et minières, est en charge de l'étude des sous-sols en France. Ses services éditent une "banque des sous-sols" dans laquelle apparaissent des aquifères ainsi qu'une partie des ouvrages de prélèvement d'eau souterraine. "Durant l'été 2017, deux forages du champ captant de la Figarella avaient été contaminés par un rentrant salé, glisse Baptiste Vignerot, le directeur BRGM de Corse. Il avait fallu arrêter leur exploitation le temps de faire redescendre le taux de conductivité. Le risque de biseau salé existe, il est repéré chaque été en aval de la route territoriale. Il est extrêmement suivi, au même titre que les aquifères du Fiumorbu ou du Bevincu, qui peuvent avoir le même problème."

grandeur principale

Ces deux dernières années, l'office hydraulique a puisé une moyenne de 540 000 mètres cubes par an dans la nappe de la Figarella. Un volume qui tend à baisser puisque ces trente dernières années, c'étaient en moyenne 833 000 mètres cubes qui étaient puisés. Difficile de s'imaginer, en circulant en voiture entre le rond-point de Calenzana et celui de l'aéroport, qu'un aquifère de plusieurs dizaines d'hectares, et profond de 15 à 20 mètres, se trouve sous nos roues. "Les eaux souterraines, c'est notre principale ressource en eau douce, rappelle Frédéric Huneau. Ceux qui la gèrent, ils gèrent l'invisible. La plupart des gens ont une assez mauvaise conception de ce qui se trouve sous nos pieds."

Réference

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