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Wednesday, November 8, 2023

Nuit bleue : pour Thierry Dominici, « le FLNC rappelle qu’il est lui aussi présent sur l’échiquier »

 Enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université de Bordeaux, ce spécialiste du nationalisme corse, Thierry Dominici, originaire de Bastia, livre son analyse après la série d’attentats qui a touché la Corse dans la nuit de dimanche 8 octobre 2023 à lundi.

- Le FLNC vient de revendiquer une vingtaine d'attentats qui ont été commis aux quatre coins de la Corse dans la nuit de dimanche à lundi. Selon vous, qu'est-ce qui a motivé l’organisation de cette nuit bleue comme l’île n'en avait pas connu depuis des années, alors que la deuxième phase du processus d'autonomie a été lancée il y a quelques jours par Emmanuel Macron ?

- On pourrait être étonné parce que vu l'avancée du processus d’autodétermination, on aurait pu imaginer que le FLNC aurait pu rester dans cette logique de démilitarisation mise en place depuis 2014. Mais apparemment, en tant qu’acteurs potentiels du débat, il semblerait qu'ils réutilisent des modèles anciens, c'est-à-dire une nuit bleue.

- Dans ce communiqué très laconique, le FLNC écrit « Nous n'avons pas de destin commun avec la France ». N’est-ce pas quelque part aussi un message adressé à Gilles Simeoni qui parlait de construire une autonomie de la Corse dans le cadre de la République ?

- Je pense que c'est surtout un rappel du message que s'est donné le FLNC sur le champ politique. La volonté du Front depuis sa création, c'est l'indépendance. Obtenir un statut particulier, une reconnaissance de l'autonomie de la Corse, pour le FLNC, comme d'ailleurs pour les élus indépendantistes, cela n'a rien d'historique parce que pour eux, l'histoire de la Corse débutera avec l'indépendance et qu’il n’y a aucune histoire commune, aucun passé commun avec la France. 

- Est-ce que finalement, derrière cette vague d’attentats, on ne pourrait pas penser que l'objectif du FLNC est de faire avorter ce processus ?

- Je crois que l’objectif est surtout de rappeler à l'ensemble insulaire et notamment aux élus que le FLNC, au même titre que les indépendantistes qui sont dans l'opposition, est aussi un acteur concernant l'évolution du statut de l’île. 

- Vous le rappeliez, le dépôt des armes du FLNC en 2014 a permis de pouvoir ouvrir ces discussions avec le Gouvernement. La reprise active des attentats ces derniers mois, d'autant plus après le discours du Président de la République que d'aucuns qualifient d'historique, pourrait-elle mettre en danger le processus ? Est-ce que cela pourrait contraindre le gouvernement à faire un pas en arrière ?

- Je serais tenté de dire non parce que cela voudrait dire que le Gouvernement écoute des personnes qui ne sont pas élues et qu’il donne plus de caution à quelque chose qu’il considère comme finalement nébulaire, voire inexistant ou simplement confidentiel. Je crois qu'aujourd'hui, il faut voir les choses comme elles sont présentées, c'est-à-dire que l'espace public a toujours été laissé vacant aux indépendantistes depuis la victoire de 2015. Je pense aujourd'hui que par la voie des attentats, le FLNC rappelle qu’il est lui aussi présent sur l’échiquier et que la négociation se fait avec les élus, mais passe aussi peut-être par toute la famille indépendantiste, ainsi que par la société civile et notamment la jeunesse.

- Dans un précédent communiqué en date du 1er août dernier, le FLNC déclarait : « Aucun accord entre la Corse et la France ne pourra être qualifié d'historique tant qu'il n'entérinera pas la reconnaissance des droits du peuple corse sur sa terre comme seule communauté de droit ». Est- ce que selon vous, le fait qu'Emmanuel Macron n’ait pas prononcé certains mots dans son discours, dont notamment la notion de « peuple corse » a pu accroître la tension ?

- Le rôle du président de la Vème République, c'est de proposer des grandes lignes, ce n'est pas de mettre à plat les points cardinaux de la réforme institutionnelle. Ce n'est pas parce qu'il ne dit pas « peuple Corse » que les élus insulaires ne peuvent pas le mentionner dans le futur texte. Et puis, il a parlé de culture corse, il a parlé de tradition, et il a quand même fait une référence assez extraordinaire à la constitution de Pascal Paoli dans son discours. Il ne parle peut- être pas de peuple corse, mais il choisit de parler de nation corse en soulignant comment les Corses en 1755 étaient modernes. Ce discours correspond vraiment à la position du Président en vertu de l'article 5 de la Constitution qu’en tant que gardien des institutions, il ne peut donner que les grandes lignes, pas le projet dans sa globalité. Donc, attendre de lui qu'il parle de peuple corse, c'est assez étonnant. C’est comme attendre de lui qu’il parle par exemple d'autonomie législative, c'est un terme qu'il ne peut pas employer. Le droit constitutionnel le restreint dans sa position. 

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Tuesday, November 7, 2023

Contrôle des personnes radicalisées : "Quatre fichés S tous citoyens français en Corse mais aucun expulsable"

 La France est passée, depuis vendredi 13 octobre, en alerte "urgence attentat" après l'attaque au couteau à Arras (Pas-de-Calais), où un enseignant a été tué et trois autres personnes ont été blessées, sur fond de crainte d'importation du conflit entre Israël et le Hamas. 

« Ce moment de recueillement, c’est une exigence de solidarité dans la peine et l’émotion que traverse une nouvelle fois la communauté éducative de notre pays avec une pensée toute particulière pour ceux qui ont vécu ce drame à Arras. La République et son École résisteront face au Terrorisme ». Amaury de Saint-Quentin était présent ce lundi après-midi au lycée Laetitia d’Ajaccio afin d’assurer son soutien auprès de la communauté éducative insulaire.

Un soutien symbolique, mais aussi opérationnel avec un déploiement de plusieurs unités de forces de l’ordre autour des établissements scolaires insulaires, suite au passage du pays en « risque attentat » comme l’explique le préfet de Corse : 

« Au vu du contexte, le gouvernement a décidé de remonter le seuil Vigipirate du niveau de « risque attentat » à « urgence attentat ». Ce nouveau palier correspond à des moyens supplémentaires conséquents mis en place qui permettent de sécuriser un certain nombre de lieux de l’espace public comme notamment les établissements d’enseignement. Concrètement en Corse, un certain nombre de dispositifs à la fois statiques et dynamiques sont d’ores et déjà mis en place autour des collèges, des lycées et des écoles sur l’ensemble du territoire. Ce dispositif est installé de manière permanente, notamment lorsque ces établissements sont ouverts. Cela permet d’augmenter sensiblement la sécurité des établissements en question. Par exemple, ici au Laetitia, vous avez pu noter la présence d’unités de CRS. Des forces de l’ordre qui seront également présentes devant d’autres lycées insulaires. Nous avons également des dispositifs mobiles qui sont prêts à intervenir en cas de besoin et à la demande d’un chef d’établissement ou un membre de la communauté enseignante, confrontés à une situation comme celle qui a pu se présenter à Arras ».

 

Une présence policière importante afin de marquer le soutien indéfectible de la République auprès de son École et qui se veut rassurante pour l’ensemble des élèves et de leurs familles comme le confirme Jean-Philippe Agresti, le Recteur de Corse

« La présence de ces forces policières à nos côtés est importante. Elle rassure les personnels enseignants, les élèves et leurs familles. Elle est également symbolique de la solidarité exprimée par le représentant de l’État à l’égard de la communauté éducative. Aujourd’hui, il est important de rassurer, mais aussi d’être opérationnel. Il y a également tout un travail qui est effectué en matière de formation de prévention des risques et également en matière de gestion de crise. Nous allons également poursuivre, avec la Collectivité de Corse et les communes, la sécurisation des bâtiments scolaires ».

Quatre fichés S en Corse, mais aucun expulsable

Si au sein de l’établissement ajaccien, élèves et professeurs ne semblent pas plus inquiets que cela et le drame d'Arras peut leur sembler bien loin aussi bien géographiquement que contextuellement parlant, cette présence a le don de rassurer également les familles, bien conscientes, que ce genre de drame peut arriver n’importe où. D'ailleurs, y a-t-il un risque zéro en Corse ? Le préfet de Corse préfère anticiper plutôt que d’avoir à agir : 

« Dans un temps comme celui que nous vivons, il y a une exigence, celle de l’anticipation. On ne peut pas prendre le risque qu’un nouveau drame puisse arriver sur notre territoire. Le risque zéro n’existe jamais. Que ce soit ici ou ailleurs. Notre responsabilité est de réduire le plus possible le champ des probabilités ».

Une tolérance zéro et un étau qui se resserre auprès des radicalisés fichés S, et encore plus depuis la prise de position d’Emmanuel Macron, qui a demandé ce lundi aux préfets de passer au peigne fin le fichier des radicalisés expulsable. Le Président de la République "demande un état impitoyable envers tous ceux qui portent la haine et des idéologies terroristes". À cet égard, Amaury de Saint-Quentin a évoqué la situation en Corse : 

« Il y a un peu plus de 5 000 fichés S au niveau national. En Corse, nous en avons 4. Il y en a deux sur Ajaccio et deux sur Porto-Vecchio. Ils sont tous citoyens français et aucun d’entre eux n’est donc susceptible d’être expulsé ».

Le niveau "urgence attentat" correspond au niveau le plus élevé du dispositif de sécurité Vigipirate. Il peut être mis en place à la suite immédiate d'un attentat ou si un groupe terroriste identifié et non localisé entre en action. Ce niveau vient compléter les deux autres niveaux de protection : "vigilance" et "sécurité renforcée - risque attentat", activé en fonction de l’intensité de la menace.

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