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Wednesday, November 1, 2023

L'accès aux soins est devenu plus problématique en Corse qu'à l'échelle nationale; une solution bricolée dans le Niolu

 Pas vraiment un désert médical, mais pas bien lotie non plus, avec une moyenne de 323 médecins pour 100 000 habitants soit 20 points de moins que la moyenne métropolitaine. La Corse est une région de bas de tableau en termes de densité médicale. Un classement qui cache toutefois une forte disparité entre Corse-du-Sud et Haute-Corse.

Un nombre croissant de patients qui se retrouvent sans médecin traitant, des difficultés récurrentes pour obtenir un rendez-vous chez des spécialistes...

L'accès aux soins est une problématique de plus en plus aiguë à travers la Corse, en zone urbaine comme en milieu rural, même si la tendance cache des disparités en lien avec l'urgence ou non de la demande, la spécialité concernée ou encore le profil de la portion du territoire concernée. Et, de ce point de vue, l'écart se creuse entre l'île et la moyenne nationale selon l'étude que vient de publier l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee Corse).

En chiffres, voilà ce que ça donne : Au 1er janvier 2023, 1 126 médecins exercent en Corse, ce qui équivaut à une densité de 323 médecins pour 100 000 habitants contre 341 au plan national.

L'île est un peu mieux lotie en généralistes, 159 généralistes pour 100 000 insulaires contre 147 à l'échelle nationale, mais manque nettement de spécialistes; 164 spécialistes pour 100 000 habitants contre une moyenne nationale de 194.

S'agissant des soins dentaires et du maillage officinal, la balance pèse légèrement en faveur de l'île, 71 praticiens pour 100 000 habitants et 67 au national et 114 pharmacies pour 100 000 habitants contre 109, ce qui place l'île au 7e rang des 12 régions françaises, derrière l'Auvergne-Rhône-Alpes et juste devant le Grand Est. Toutefois, c'est la Corse-du-Sud, à l'évidence plus attractive pour la population médicale avec une densité de 350 praticiens pour 100 000 habitants contre 299 en Haute-Corse, qui permet de limiter le déclassement.

C'est en Provence-Alpes-Côte d’Azur que la densité médicale est la plus élevée, soit 409 médecins pour 100 000 habitants, dont 171 généralistes et 238 spécialistes. Le territoire attire aussi plus de chirurgiens-dentistes et de pharmaciens que la moyenne, respectivement 95 et 125 pour 100 000 habitants.

A contrario, la région la moins bien dotée est le Centre-Val de Loire, avec 256 médecins pour 100 000 habitants, soit 115 généralistes et 141 spécialistes. Une faiblesse des effectifs qui se retrouve chez les chirurgiens-dentistes (45 pour 100 000 habitants) et du côté des officines (104 pour 100 000)

Référence

du 01/11/2023

https://www.corsematin.com/article/sante/12061426504508/sante-lacces-aux-soins-est-devenu-plus-problematique-en-corse-qua-lechelle-nationale

Quand un enfant du village revient et sauve l'offre de santé du Niolu

Calacuccia; Dès janvier 2024, le Niolu aura de nouveau un médecin permanent. Originaire d'Albertacce, le docteur Jean-Paul Langlade a revu ses plans pour ne pas laisser tomber les patients de sa vallée d'origine. 
Depuis le 13 août 2023 et le départ de son unique médecin généraliste, le docteur Titus Ududec, la vallée du Niolu vit avec l'appréhension quotidienne de ne pas trouver de médecin permanent. Plusieurs pistes ont été étudiées, de la Corse jusqu'à la Roumanie. Aucune n'a été concluante. Jusqu'à la mi-septembre.
Le docteur Jean-Paul Langlade était à l'origine un sparadrap prévu dès janvier 2024 pour ralentir l'hémorragie d'un Niolu qui se retrouvait sans médecin. Une fois de plus. S'il ne devait à l'origine consulter que quelques jours par mois pour profiter d'une paisible retraite à Albertacce, le médecin de 63 ans, a finalement fait le choix du cœur : "Impossible de rester au Bar des amis sans rien faire, alors que des gens avec qui j'ai grandi et qui m'ont vu grandir ont besoin de moi." Car s'il exerce la médecine générale depuis 33 ans en Ariège, Jean-Paul Langlade, comme son nom ne l'indique pas, est bien Niulincu. "Ma mère était une Albertini, d'Albertacce. Forcément", s'amuse le médecin.

Docteur tout-terrain

Devant la mairie de Calacuccia, plusieurs habitants sont venus le saluer en amont d'une réunion sur sa future installation. "Il aime tellement son village qu'il vient y finir sa carrière", se réjouit le maire d'Albertacce, Pierre-François Albertini. Finir ? Plutôt prolonger. À 63 ans, le docteur Langlade repousse de cinq ans la retraite qu'il devait prendre au 1er janvier.

Avec deux cabinets dans les Pyrénées, Jean-Paul Langlade a roulé sa bosse dans les zones montagneuses et connaît les spécificités du rural, ses avantages et ses inconvénients. 
"Je suis également toujours médecin coordonnateur dans un Ehpad et je travaille souvent avec un public âgé", souligne le médecin. L'homme partage également une conviction, celle qu'une vie médicale est possible dans le rural, loin de la fatalité. Et cela commence par la coopération entre les professionnels de santé.

Une équipe de soins primaires existe déjà et est composée des infirmiers et du pharmacien de la vallée. "Elle est en sommeil. Mon rôle sera de l'animer pour une prise en charge pluridisciplinaire et de l'articuler avec les services sociaux car on a beaucoup de gens âgés qui vivent dans des conditions difficiles", indique Jean-Paul Langlade qui anime déjà une équipe de soins primaires en Ariège.

Espoir en cathéter

Également maître de stage, le médecin compte bien "créer les conditions pour attirer des étudiants en médecine pendant leurs stages", sans oublier le développement de la télémédecine. 
À 82 ans, Lucie avoue son soulagement : 
"On dort plus tranquille quand on a un médecin à proximité. Plus besoin de faire des heures de route." Récemment opérée du cœur, elle doit voir un médecin une fois par mois : "Pour l'instant je vais à Bastia ou à Corte mais c'est toute une organisation, assez fatigante. Et puis, en ville, les médecins ne prennent pas le temps de discuter. En plus, il parle corse. C'est parfait."

Référence

du  03/10/23

https://www.corsematin.com/article/sante/17616005332458/quand-un-enfant-du-village-revient-et-sauve-loffre-de-sante-du-niolu

Ces cimetières communaux au bord de la saturation en Cors

Les cimetières insulaires accueillent, en proportion, trois fois plus de défunts que ceux du Continent.

Dans l'île, le nombre d'enterrements est trois fois supérieur à la moyenne nationale, si bien que de nombreuses communes peinent à garantir des concessions aux administrés. Un casse-tête pour les élus qui doivent redoubler d'inventivité.

À la veille de la fête des morts, 2 nov 2023, cette période à laquelle les cimetières ne sont jamais aussi visités, le fleurissement des tombes n'est pas le seul sujet de préoccupation dans les communes insulaires. Il en est un autre qui taraude bien davantage les élus : comment pousser les murs ? 

"C'est un vrai souci, confie Mathieu Ceccaldi, le maire de Marignana. Nous avons trois cimetières pour plus de 400 tombes, et on touche les limites. Dernièrement, nous avons déplacé le columbarium afin de créer trois places supplémentaires, mais cela ne règle pas le problème. Le cimetière principal a fait l'objet d'une extension il y a une dizaine d'années, et nous envisageons d'en faire une nouvelle, car nous avons du mal à répondre aux demandes des familles."

La dernière demeure de la diaspora

Le sujet - plutôt explosif - prend de l'ampleur à mesure que le temps passe. Depuis le début de cette année, huit enterrements ont eu lieu dans cette commune d'une centaine d'âmes à peine. Soit huit fois plus que la moyenne nationale qui s'établit en général à une inhumation par an pour cent habitants.

À l'échelle de l'île, ce taux est trois fois supérieur à celui que l'on observe dans la France entière. Autrement dit, les cimetières insulaires accueillent, en proportion, trois fois plus de défunts que ceux du continent. Les raisons : une population plus âgée - les plus de 65 ans représentent 29 % des habitants contre 25 % pour la moyenne - et surtout les personnes de la diaspora qui choisissent la Corse comme dernière demeure.

Pour des raisons culturelles, la crémation est, en outre, un mode de sépulture moins répandu que sur le Continent. 

Résultat : de nombreux cimetières sont au bord de la saturation. Sonia en a fait la douloureuse expérience. Il y a trois ans, cette aide soignante a perdu sa mère des suites de la Covid-19, et a rencontré bien des difficultés pour lui trouver une place au cimetière. 

"J'ai essayé d'obtenir une concession dans la région d'Ajaccio, mais c'était presque impossible, explique-t-elle. J'ai donc abandonné et j'ai conservé l'urne funéraire chez moi, dans ma chambre, même si je sais que ce n'est pas légal."

Depuis décembre 2008, la conservation d'une urne dans un domicile familial ou une autre résidence est en effet interdite. Ce cas, pour autant, en dit long sur le parcours du combattant auquel doivent faire face nombre d'administrés, alors même que la législation impose aux communes de fournir à leurs résidents une place au cimetière.

Une difficulté encore plus importante en Corse, où les élus doivent répondre à des demandes de personnes originaires d'un village mais non domiciliées dans celui-ci. 

"Il est délicat de s'en référer strictement à la loi quand une famille vient vous voir pour enterrer un proche, même s'il n'habitait pas la commune, glisse un élu du Nebbiu. Il y a un attachement au village et des codes culturels qui font qu'il n'est pas possible de leur opposer une fin de non-recevoir."

"Nous construisons au-dessus des tombes"

Le culte des morts complique aussi la tâche des décideurs, en interdisant très souvent d'effectuer des reprises de concessions, y compris pour des sépultures en déshérence. Le maire de Santa Maria è Sicchè, Guillaume Gugliemi, connaît bien ce problème. 

"Une partie des concessions sont perpétuelles et, chez nous, elles sont depuis toujours gratuites, ce qui explique aussi la pléthore de demandes que nous recevons, glisse cet élu de la Pieve de l'Ornanu. Notre cimetière, qui s'étend pourtant sur 8 000 m2, arrive à saturation. Nous sommes contraints de demander aux familles qui ont des concessions de construire au-dessus des tombes, de monter en verticalité. Pour les autres, c'est compliqué. Nous envisageons une extension mais cela pose des difficultés foncières, cela nécessite des études de sol poussées, ainsi que des autorisations spécifiques." 

C'est dire si le sujet vire parfois au casse-tête. Avec une pointe d'humour qui en dit plus qu'un long commentaire, un élu des Dui Sevi résume cette situation à bien des égards insoluble : 

"Il y a quatre ans, un maire de la Loire avait pris un arrêté municipal interdisant à ses administrés de mourir pour dénoncer la pénurie de médecins. Pour la saturation des cimetières, on n'en est pas encore là, mais presque... " 

Référence

https://www.corsematin.com/article/societe/50451139374589/ces-cimetieres-communaux-au-bord-de-la-saturation-en-corse