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Saturday, November 11, 2023

Ces Balanins mêlés à l'affaire de la rixe du Vatican le 20 août 1662,; jusqu'en 1859, cardinal Domenico Savelli

Le 20 août 1662, dans la moiteur romaine d'une fin de journée d'été, une rixe oppose des soldats de la garde pontificale corse au personnel en charge de la sécurité de l'ambassade de France. 

Alors que, depuis plusieurs jours, provocations et incidents envers les insulaires se répètent, des Corses sont agressés et le soldat Giovanni da Calenzana, sauvagement pris en chasse par un groupe de militaires français, ne finira pas la journée vivant.

Dans un contexte de tensions politiques et d'intrigues entre Louis XIV et Alexandre VII, on accuse les gardiens des portes de Rome d'être les mouchards du pape et d'accomplir la sale besogne. Les Corses outragés, volontiers indociles et ardents, n'entendent pas se laisser humilier ainsi et veulent laver leur honneur. Au moment où le duc Charles de Créquy, ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, regagne son palais, sur la place voisine de Campo dei Fiori une fusillade éclate. Les antagonistes font rapidement usage d'arquebuses et de mousquets.

Les balles fusent et une odeur de poudre et de feu se propage dans l'air. Alors que les uns rechargent leurs armes derrière un rang de piquiers, les autres s'empoignent dans la sueur et dans le sang. Un soldat corse tombe, des passants sont également touchés, l'un d'entre eux ne se relèvera pas.

Au milieu des cris, de la fureur et des larmes, le renfort de centaines de Corses quitte la caserne et afflue dans un cliquetis d'armes pour soutenir les compatriotes. Place Farnese, l'affaire dégénère, ils font feu sur la résidence de l'ambassade de France. Le palais ainsi cerné, se mue, plusieurs heures durant, en véritable forteresse. Le plomb pulvérise le travertin des édicules couvrant les fenêtres, derrière lesquelles les tireurs français ont pris place et ripostent.

Les balles sifflent et se logent partout dans la façade symétrique, pénétrant la brique, brisant colonnes et pilastres. La porte monumentale, bien gardée par des hallebardiers, résiste à l'assaut.

Le capitaine Antonio Savelli, originaire de Corbara, tente de calmer ses hommes. Sur la place, l'arrivée de deux carrosses français relance les hostilités et la fusillade reprend. Les voitures, piégées, sont percées par les projectiles, et les chevaux apeurés se cabrent et tentent de fuir.

Si l'on parvient à mettre à l'abri l'épouse de l'ambassadeur qui y occupait une place, un page est tué sur le coup et, dans une grande confusion, le capitaine de la garde du duc est mortellement blessé par le tir d'un policier romain. Les hommes se dispersent et, dans la soirée, les victimes évacuées, le quartier finit par recouvrer son calme. Le bilan est effroyable ! Des morts et de nombreux blessés sont dénombrés.

Certains succombent les jours suivants pour alourdir la liste d'une dizaine de morts au total.

Un grave incident diplomatique

L'affaire fait grand bruit et résonne jusqu'à Versailles. Charles de Créquy qualifie l'évènement d'attentat et, dans une lettre qu'il adresse à son souverain, met en cause certains cardinaux. Sous le commandement de Don Mario Chigi, général des troupes pontificales et frère du souverain pontife, la police romaine investit le quartier du Trastevere où résident les Corses.

L'enquête débute et de nombreuses arrestations sont ordonnées.

Trente-deux soldats prennent la fuite la nuit suivante et, malgré les investigations, seuls neufs fugitifs sont arrêtés dans des villes voisines. Un procès s'ouvre contre le policier romain accusé d'avoir abattu l'officier français et dix-huit soldats corses, dont Matheo da Pietralba qui est immédiatement exécuté. Malgré cela, les jours passent mais la tension ne faiblit pas.

Pour assurer sa sécurité, l'ambassade de France réorganise sa défense et augmente ces effectifs militaires. De son côté, le pape qui soutient encore les Corses, renforce ses troupes de plusieurs centaines de soldats.

Dans ce contexte le duc de Créquy décide de quitter Rome avec toute sa famille, entraînant dans sa suite le cardinal d'Este et les prélats français. Il s'en explique dans une lettre à l'adresse du roi, rédigée le 6 septembre 1662, et réceptionnée par le Maréchal d'Aumont, gouverneur de la ville de Paris.

L'incident diplomatique est d'ampleur et le Roi Soleil entretient savamment la pression en exigeant des excuses publiques, l'immédiate dissolution de la garde pontificale corse avec interdiction à l'avenir d'engager des troupes insulaires, des emprisonnements, des pendaisons et, face à la caserne des Corses, demande l'érection d'une pyramide d'infamie pour rappeler à tous l'offense faite au Royaume de France. Sur une plaque de marbre noire on pourra y lire en latin :

 "En exécration de l'odieux forfait accompli le 20 août 1662 par les soldats corses contre le duc de Créquy, ambassadeur du roi très chrétien. La Nation corse, pour perpétuer la mémoire de cet évènement, a été déclarée inhabile et incapable de servir le Siège apostolique par décret rendu par ordre de notre très Sérénissime Seigneur Alexandre, pape, en exécution de la paix de Pise. 1664". 

Le corps de garde corse est alors congédié et remplacé par un bataillon de romains qui rempliront les mêmes fonctions de sécurité urbaine. Plus disciplinée, la garde suisse demeure, quant à elle, au service de la protection des papes et ce depuis 1506 !

Le monument témoignant de la disgrâce des Corses disparaît finalement en 1667, démonté sous le pontificat de Clément IX avec l'autorisation de Louis XIV, augurant les nouvelles relations qu'entretiendra le royaume de France avec la ville aux sept collines. Pour autant, les Corses vont continuer à servir les intérêts de la cité les siècles suivants, qu'ils soient de simples soldats engagés à titre individuel ou de grands dignitaires.

Martino Guidoni-Bianconi premier médecin du pape

Dans cette dernière catégorie les Balanins se distinguent, à l'instar de Martino Guidoni-Bianconi de Calenzana qui, issu de deux familles patriciennes, fit le voyage pour la Città eterna afin d'y suivre une double formation en théologie et en médecine de 1760 à 1770, période pendant laquelle il s'occupe de la santé de Jacques III Stuart, prétendant aux trônes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Professeur d'anatomie et de clinique médicale, il devient médecin à l'archi-gymnase de Rome, c'est-à-dire l'université papale de la Sapienza.

Archiatre du pape Pio VI, il n'est autre que le premier médecin et chirurgien du souverain pontife, prenant la suite de Natale Saliceti de 1789 jusqu'à la mort du pape en exil à Valence, où il lui ferme les yeux le 29 août 1799. Par la suite, du soin de Pio VII, il passe au service de Napoléon dont il sera un temps conseiller. Il fut l'un des Corses les plus influents de cette époque.

Le cardinal Domenico Savelli

Autre figure balanine attachée au Vatican, Domenico Savelli de Speloncato est un serviteur de dieu, héritier corse de l'antique famille Savelli issue des Sabins, il est séminariste dans l'île jusqu'à son ordination. Établi à Rome, sa trajectoire est fulgurante ! il devient docteur en théologie en 1822 et docteur en droit canonique en 1825.

Vicaire général d'Imola en 1829, délégué apostolique à Rieti, Frosinone, Peruggia et Macerata et Gouverneur de Rome en 1847. Vice-camerlingue l'année suivante, il assiste le camerlingue placé à la tête de la Chambre apostolique, en période de vacance du Siège. Fin juillet 1849, il est nommé ministre de l'Intérieur et de la police, et à l'occasion du consistoire le 7 mars 1853, Pio IX lui remet l'anneau cardinalice symbole de communion avec le Pape.

Le cardinal Savelli, membre de la curie romaine, fait partie du premier cercle autour du souverain pontife où il sera président de la commission des finances jusqu'en 1859. Devenu aveugle, ses problèmes de santé lui interdiront l'espoir d'accéder au trône de Saint-Pierre.

Référence

Tuesday, November 7, 2023

580 interventions en mer et 9 morts en Corse : bilan été 2023

 Moins, mais toujours trop: les accidents en mer Méditerranée sont restés à un niveau "très élevé" l'été dernier, a annoncé mardi le Centre régional opérationnel de surveillance et sauvetage Méditerranée (Cross Med) qui de de mai à Septembre a coordonné 3 026 interventions dont 580 en Corse.

Ce mardi 24 octobre 2023 à Toulon, le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, préfet maritime de la Méditerranée, a présenté, accompagné du directeur-adjoint du centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer de Méditerranée (CROSS Med), le bilan de la saison estivale 2023. 

Entre le 1er mai et le 30 septembre, trente-trois personnes sont mortes (-5%), dont trois après un malaise ou un accident, treize en se baignant, six en plongée, avec ou sans bouteilles. Un total de 223 autres ont été blessées (-15%)

Sur cette saison estivale étendue, "3.026 opérations en mer ont été coordonnées par le Cross Med" contre 3.258 sur la même période de 2022, soit une baisse de 7,1% des interventions, principalement provoquées par des avaries, a indiqué Amaury de Guillebon, directeur adjoint du Cross Med, lors d'une conférence de presse.

"L'inquiétante hausse des accidents enregistrée" depuis 2019 "semble enrayée. On reste néanmoins sur un plateau très élevé", a estimé le préfet maritime, le vice-amiral d'escadre Gilles Boidevezi.

Après la pandémie et les confinements, de nombreuses personnes se sont ruées vers le littoral pour profiter de leur liberté reconquise et expérimenter de nouveaux loisirs "démocratisés", mais souvent sans expérience ni préparation adéquate. Un engouement qui a aussi entraîné une hausse d'activités non déclarées et moins sécurisées (scooters des mers loués sans gilets par exemple), ont expliqué les responsables du Cross Med.

Ces derniers ont déploré des comportements "irresponsables", causes fréquentes des accidents.

"Beaucoup de gens profitent des loisirs nautiques, c'est une bonne chose. Néanmoins, ils partent en mer sans avoir regardé la météo, sans connaître la réglementation, en étant alcoolisés, voire après avoir pris des stupéfiants", a expliqué le vice-amiral d'escadre Gilles Boidevezi. Or, "la mer est une école de responsabilité et d'humilité", a-t-il souligné.

Le préfet maritime a notamment pointé "la hausse un peu préoccupante" des accidents de plongée: 149 au total, dont 122 accidents de plongée avec bouteilles (+10%).

"On voit des personnes de plus de 50 ans, pas spécialement sportives, qui se lancent dans des plongées complexes à 30 mètres de profondeur!", a-t-il dit en appelant les clubs de plongée à davantage de "vigilance".

Le vice-amiral, lui-même "en train de signer un arrêté pour interdire les scooters des mers dans les aires marines protégées", s'est prononcé pour une "réflexion sur une évolution du permis-bateau" et, plus largement, des réglementations. "Il faut passer à un peu plus d'organisation sur les plans d'eau" et à un meilleur partage de l'espace "entre nageurs et windfoil", entre plongeurs et bateaux, a-t-il indiqué ajoutant en discuter avec les administrations centrales.

580 interventions et 9 morts en Corse

En Corse, le CrossMed a coordonné, de mai à fin septembre 2023, 580 opérations de sauvetage. C'est moins que l'année précédente (692) mais certaines de ces interventions se sont terminées, hélas, par des drames. Pas moins de 9 personnes ont, en effet, perdu la vie autour des côtés insulaires mais 250  ont dû être secourues et 425 autres assistées par le Cross.

Et si l'on fait le bilan des multiples interventions menées durant l'été ce sont très précisément 1 079 personnes avec lesquelles les divers services du CrossMed ont eu à composer durant toute cette période;

Référence

https://www.corsenetinfos.corsica/580-interventions-en-mer-et-9-morts-en-Corse-bilan-d-un-ete-encore-trop-meurtrier_a74411.html

Saturday, November 4, 2023

Amiante naturelle, géologie, prévention du risque sanitaire et conflictualité

 


Les montagnes qui constituent le Cap Corse, la région située entre le col de Téghime
et la vallée du Golo et au Sud la Castagniccia résultent d’une histoire géologique
complexe qui s’étale sur plusieurs dizaines de millions d’années. Cette histoire a vu
dans un premier temps l’ouverture d’un domaine océanique, associée à la mise à
l’affleurement de roches ultrabasiques (péridotites ± serpentinisées) et à la formation
d’une croûte ophiolitique constituée de gabbros et de basaltes. Cette phase d’accrétion
a été suivie par la disparition de ces roches océaniques, entraînées au niveau de
zones de subduction dans les parties profondes de la lithosphère. Une partie de ces
formations océaniques a échappé à cet enfouissement et a été exhumée, venant
s’accoler contre et parfois se superposer sur un domaine géologique plus ancien. Ce
domaine « ancien » affleure actuellement dans les parties sud et ouest de l’île et
correspond à la Corse dite « granitique » ou « hercynienne ». Les roches issues du
domaine océanique affleurent dans les parties nord et nord orientale de l’île et
constituent la Corse dite « schisteuse » ou « alpine » (Illustration ci-dessus).
La Corse alpine est constituée par un empilement tectonique d’unités contenant des
roches très variées. Certaines de ces unités sont constituées par d’anciens sédiments
ou par d’anciens granites, les autres par des péridotites plus ou moins serpentinisées
et associées ou non à des gabbros et à des basaltes métamorphisés (Lahondère,
1996). La plupart des limites qui séparent toutes ces unités sont tectoniques et peuvent
être soulignés par des affleurements discontinus de péridotites serpentinisées qui, du
fait de leurs caractères rhéologiques, ont « joué » un rôle de « lubrifiant » dans
l’édification de la Corse alpine (« couche savon »).
Les principaux massifs de péridotites ± serpentinisées et de serpentinites affleurent au
niveau de la retombée occidentale du dôme de la Castagniccia ainsi que dans la partie
occidentale du Cap Corse. Ces massifs appartiennent à différentes unités géologiques
qui ont toutes subi une évolution tectonique et métamorphique de type HP-BT4. Les
serpentinites sont associées d’un point de vue cartographique à des massifs plus ou
moins importants de gabbros magnésiens (euphotides) et ferreux. Parmi les faciès
également présents en Haute-Corse se trouvent d’anciens basaltes métamorphisés
dans les conditions du faciès des schistes verts. Toutes ces roches sont susceptibles,
du fait de leur chimisme, d'être amiantifères, c'est à dire de renfermer localement des
minéraux silicatés fibreux (amphiboles de type actinolite et trémolite notamment,
serpentines de type chrysotile). La probabilité est forte pour les péridotites
serpentinisées, moins importante pour les gabbros magnésiens et probablement plus
faible, hors contexte structural particulier, pour les anciens basaltes. Pour les unités à
matériel sédimentaire ou granitique, la probabilité de la présence de minéraux 
amiantifères est plus faible, voire nulle en dehors d’un contexte structural particulier
(zones à très forte déformation).
Les problèmes d’une exposition à l’amiante « naturelle » se posent d’une façon
évidente en Haute-Corse où des massifs très importants de roches amiantifères
couvrent d’importantes surfaces. Les études actuellement disponibles, peu
nombreuses, établissent cependant un lien entre cette exposition strictement
« environnementale » et le développement de certaines pathologies (plaques
pleurales, mésothéliomes).

Cartographie et minéralogie de l’amiante environnemental sur la commune de Bustanico (Haute-Corse); BRGM, Décembre 2011

Rapport final, BRGM/RP-60356-FR
Rapport de 132 pages
Mots clés : Amiante environnemental, Cartographie, Minéralogie, Serpentine, Antigorite,
Chrysotile, Trémolite, Serpentinite, Métagabbro, Haute-Corse, Bustanico.
En bibliographie, ce rapport sera cité de la façon suivante :
D. Lahondère, F. Cagnard, D. Maton (2011) – Cartographie et minéralogie de l’amiante
environnemental sur la commune de Bustanico (Haute-Corse). Rapport BRGM/RP-60356-FR,
132 p., 116 ill., 2 ann.

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Pour mémoire, la valeur à ne pas dépasser à l’intérieur des locaux est fixée à 5 fibres
d’amiante par litre d’air (f/l) pour les fibres de plus de 5 micromètres de longueur.
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Les Amiantes naturelles

L’amiante est une substance minérale naturelle qui correspond à six variétés de silicates fibreux ainsi qu’à tous les mélanges entre ces différents silicates. Ces minéraux sont connus depuis l’Antiquité sous le nom d’asbeste et ont longtemps été exploités pour leurs propriétés thermo-mécaniques. 
Ces six silicates appartiennent à deux groupes d’espèces minéralogiques, les serpentines et les amphiboles :
  • Les serpentines sont des phyllosilicates, c'est-à-dire des silicates dont les tétraèdres [SiO4]4- sont disposés en feuillets, monocliniques, de formule chimique Mg3[Si2O5](OH)4.
  • Les amphiboles sont des inosilicates en chaîne double, hydroxylés. Le groupe des amphiboles est riche de nombreuses espèces qui se répartissent dans trois grandes familles qui sont les amphiboles calciques, sodiques et ferromagnésiennes.
- au chrysotile (ou amiante blanc) / Serpentine,
- les Amphiboles,
    - à la crocidolite (ou riébeckite-amiante ou amiante bleu) / Amphibole,
    - à l’amosite (ou grunérite-amiante ou amiante brun) / Amphibole,
    - à l’anthophyllite-amiante / Amphibole,
    - à la trémolite-amiante / Amphibole,
    - à l’actinolite-amiante / Amphibole.

Cette liste de six minéraux, limitée aux seules espèces minéralogiques ayant fait ou
faisant encore l’objet d’une exploitation industrielle, constitue une définition
commerciale de l’amiante. Parmi ces six espèces minérales, le chrysotile constitue à lui seul 90 à 95% de l’amiante produit jusqu’à ce jour, le reste correspondant à des exploitations de crocidolite et d’amosite. En termes de production, l’exploitation des variétés asbestiformes de l’anthophyllite, de la trémolite et de l’actinolite peut donc être considérée comme négligeable.




Wednesday, November 1, 2023

L'accès aux soins est devenu plus problématique en Corse qu'à l'échelle nationale; une solution bricolée dans le Niolu

 Pas vraiment un désert médical, mais pas bien lotie non plus, avec une moyenne de 323 médecins pour 100 000 habitants soit 20 points de moins que la moyenne métropolitaine. La Corse est une région de bas de tableau en termes de densité médicale. Un classement qui cache toutefois une forte disparité entre Corse-du-Sud et Haute-Corse.

Un nombre croissant de patients qui se retrouvent sans médecin traitant, des difficultés récurrentes pour obtenir un rendez-vous chez des spécialistes...

L'accès aux soins est une problématique de plus en plus aiguë à travers la Corse, en zone urbaine comme en milieu rural, même si la tendance cache des disparités en lien avec l'urgence ou non de la demande, la spécialité concernée ou encore le profil de la portion du territoire concernée. Et, de ce point de vue, l'écart se creuse entre l'île et la moyenne nationale selon l'étude que vient de publier l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee Corse).

En chiffres, voilà ce que ça donne : Au 1er janvier 2023, 1 126 médecins exercent en Corse, ce qui équivaut à une densité de 323 médecins pour 100 000 habitants contre 341 au plan national.

L'île est un peu mieux lotie en généralistes, 159 généralistes pour 100 000 insulaires contre 147 à l'échelle nationale, mais manque nettement de spécialistes; 164 spécialistes pour 100 000 habitants contre une moyenne nationale de 194.

S'agissant des soins dentaires et du maillage officinal, la balance pèse légèrement en faveur de l'île, 71 praticiens pour 100 000 habitants et 67 au national et 114 pharmacies pour 100 000 habitants contre 109, ce qui place l'île au 7e rang des 12 régions françaises, derrière l'Auvergne-Rhône-Alpes et juste devant le Grand Est. Toutefois, c'est la Corse-du-Sud, à l'évidence plus attractive pour la population médicale avec une densité de 350 praticiens pour 100 000 habitants contre 299 en Haute-Corse, qui permet de limiter le déclassement.

C'est en Provence-Alpes-Côte d’Azur que la densité médicale est la plus élevée, soit 409 médecins pour 100 000 habitants, dont 171 généralistes et 238 spécialistes. Le territoire attire aussi plus de chirurgiens-dentistes et de pharmaciens que la moyenne, respectivement 95 et 125 pour 100 000 habitants.

A contrario, la région la moins bien dotée est le Centre-Val de Loire, avec 256 médecins pour 100 000 habitants, soit 115 généralistes et 141 spécialistes. Une faiblesse des effectifs qui se retrouve chez les chirurgiens-dentistes (45 pour 100 000 habitants) et du côté des officines (104 pour 100 000)

Référence

du 01/11/2023

https://www.corsematin.com/article/sante/12061426504508/sante-lacces-aux-soins-est-devenu-plus-problematique-en-corse-qua-lechelle-nationale

Quand un enfant du village revient et sauve l'offre de santé du Niolu

Calacuccia; Dès janvier 2024, le Niolu aura de nouveau un médecin permanent. Originaire d'Albertacce, le docteur Jean-Paul Langlade a revu ses plans pour ne pas laisser tomber les patients de sa vallée d'origine. 
Depuis le 13 août 2023 et le départ de son unique médecin généraliste, le docteur Titus Ududec, la vallée du Niolu vit avec l'appréhension quotidienne de ne pas trouver de médecin permanent. Plusieurs pistes ont été étudiées, de la Corse jusqu'à la Roumanie. Aucune n'a été concluante. Jusqu'à la mi-septembre.
Le docteur Jean-Paul Langlade était à l'origine un sparadrap prévu dès janvier 2024 pour ralentir l'hémorragie d'un Niolu qui se retrouvait sans médecin. Une fois de plus. S'il ne devait à l'origine consulter que quelques jours par mois pour profiter d'une paisible retraite à Albertacce, le médecin de 63 ans, a finalement fait le choix du cœur : "Impossible de rester au Bar des amis sans rien faire, alors que des gens avec qui j'ai grandi et qui m'ont vu grandir ont besoin de moi." Car s'il exerce la médecine générale depuis 33 ans en Ariège, Jean-Paul Langlade, comme son nom ne l'indique pas, est bien Niulincu. "Ma mère était une Albertini, d'Albertacce. Forcément", s'amuse le médecin.

Docteur tout-terrain

Devant la mairie de Calacuccia, plusieurs habitants sont venus le saluer en amont d'une réunion sur sa future installation. "Il aime tellement son village qu'il vient y finir sa carrière", se réjouit le maire d'Albertacce, Pierre-François Albertini. Finir ? Plutôt prolonger. À 63 ans, le docteur Langlade repousse de cinq ans la retraite qu'il devait prendre au 1er janvier.

Avec deux cabinets dans les Pyrénées, Jean-Paul Langlade a roulé sa bosse dans les zones montagneuses et connaît les spécificités du rural, ses avantages et ses inconvénients. 
"Je suis également toujours médecin coordonnateur dans un Ehpad et je travaille souvent avec un public âgé", souligne le médecin. L'homme partage également une conviction, celle qu'une vie médicale est possible dans le rural, loin de la fatalité. Et cela commence par la coopération entre les professionnels de santé.

Une équipe de soins primaires existe déjà et est composée des infirmiers et du pharmacien de la vallée. "Elle est en sommeil. Mon rôle sera de l'animer pour une prise en charge pluridisciplinaire et de l'articuler avec les services sociaux car on a beaucoup de gens âgés qui vivent dans des conditions difficiles", indique Jean-Paul Langlade qui anime déjà une équipe de soins primaires en Ariège.

Espoir en cathéter

Également maître de stage, le médecin compte bien "créer les conditions pour attirer des étudiants en médecine pendant leurs stages", sans oublier le développement de la télémédecine. 
À 82 ans, Lucie avoue son soulagement : 
"On dort plus tranquille quand on a un médecin à proximité. Plus besoin de faire des heures de route." Récemment opérée du cœur, elle doit voir un médecin une fois par mois : "Pour l'instant je vais à Bastia ou à Corte mais c'est toute une organisation, assez fatigante. Et puis, en ville, les médecins ne prennent pas le temps de discuter. En plus, il parle corse. C'est parfait."

Référence

du  03/10/23

https://www.corsematin.com/article/sante/17616005332458/quand-un-enfant-du-village-revient-et-sauve-loffre-de-sante-du-niolu

Ces cimetières communaux au bord de la saturation en Cors

Les cimetières insulaires accueillent, en proportion, trois fois plus de défunts que ceux du Continent.

Dans l'île, le nombre d'enterrements est trois fois supérieur à la moyenne nationale, si bien que de nombreuses communes peinent à garantir des concessions aux administrés. Un casse-tête pour les élus qui doivent redoubler d'inventivité.

À la veille de la fête des morts, 2 nov 2023, cette période à laquelle les cimetières ne sont jamais aussi visités, le fleurissement des tombes n'est pas le seul sujet de préoccupation dans les communes insulaires. Il en est un autre qui taraude bien davantage les élus : comment pousser les murs ? 

"C'est un vrai souci, confie Mathieu Ceccaldi, le maire de Marignana. Nous avons trois cimetières pour plus de 400 tombes, et on touche les limites. Dernièrement, nous avons déplacé le columbarium afin de créer trois places supplémentaires, mais cela ne règle pas le problème. Le cimetière principal a fait l'objet d'une extension il y a une dizaine d'années, et nous envisageons d'en faire une nouvelle, car nous avons du mal à répondre aux demandes des familles."

La dernière demeure de la diaspora

Le sujet - plutôt explosif - prend de l'ampleur à mesure que le temps passe. Depuis le début de cette année, huit enterrements ont eu lieu dans cette commune d'une centaine d'âmes à peine. Soit huit fois plus que la moyenne nationale qui s'établit en général à une inhumation par an pour cent habitants.

À l'échelle de l'île, ce taux est trois fois supérieur à celui que l'on observe dans la France entière. Autrement dit, les cimetières insulaires accueillent, en proportion, trois fois plus de défunts que ceux du continent. Les raisons : une population plus âgée - les plus de 65 ans représentent 29 % des habitants contre 25 % pour la moyenne - et surtout les personnes de la diaspora qui choisissent la Corse comme dernière demeure.

Pour des raisons culturelles, la crémation est, en outre, un mode de sépulture moins répandu que sur le Continent. 

Résultat : de nombreux cimetières sont au bord de la saturation. Sonia en a fait la douloureuse expérience. Il y a trois ans, cette aide soignante a perdu sa mère des suites de la Covid-19, et a rencontré bien des difficultés pour lui trouver une place au cimetière. 

"J'ai essayé d'obtenir une concession dans la région d'Ajaccio, mais c'était presque impossible, explique-t-elle. J'ai donc abandonné et j'ai conservé l'urne funéraire chez moi, dans ma chambre, même si je sais que ce n'est pas légal."

Depuis décembre 2008, la conservation d'une urne dans un domicile familial ou une autre résidence est en effet interdite. Ce cas, pour autant, en dit long sur le parcours du combattant auquel doivent faire face nombre d'administrés, alors même que la législation impose aux communes de fournir à leurs résidents une place au cimetière.

Une difficulté encore plus importante en Corse, où les élus doivent répondre à des demandes de personnes originaires d'un village mais non domiciliées dans celui-ci. 

"Il est délicat de s'en référer strictement à la loi quand une famille vient vous voir pour enterrer un proche, même s'il n'habitait pas la commune, glisse un élu du Nebbiu. Il y a un attachement au village et des codes culturels qui font qu'il n'est pas possible de leur opposer une fin de non-recevoir."

"Nous construisons au-dessus des tombes"

Le culte des morts complique aussi la tâche des décideurs, en interdisant très souvent d'effectuer des reprises de concessions, y compris pour des sépultures en déshérence. Le maire de Santa Maria è Sicchè, Guillaume Gugliemi, connaît bien ce problème. 

"Une partie des concessions sont perpétuelles et, chez nous, elles sont depuis toujours gratuites, ce qui explique aussi la pléthore de demandes que nous recevons, glisse cet élu de la Pieve de l'Ornanu. Notre cimetière, qui s'étend pourtant sur 8 000 m2, arrive à saturation. Nous sommes contraints de demander aux familles qui ont des concessions de construire au-dessus des tombes, de monter en verticalité. Pour les autres, c'est compliqué. Nous envisageons une extension mais cela pose des difficultés foncières, cela nécessite des études de sol poussées, ainsi que des autorisations spécifiques." 

C'est dire si le sujet vire parfois au casse-tête. Avec une pointe d'humour qui en dit plus qu'un long commentaire, un élu des Dui Sevi résume cette situation à bien des égards insoluble : 

"Il y a quatre ans, un maire de la Loire avait pris un arrêté municipal interdisant à ses administrés de mourir pour dénoncer la pénurie de médecins. Pour la saturation des cimetières, on n'en est pas encore là, mais presque... " 

Référence

https://www.corsematin.com/article/societe/50451139374589/ces-cimetieres-communaux-au-bord-de-la-saturation-en-corse

Galeria et Manso: trois baigneurs piégés par une crue de la rivière Fangu

Conflits: touristes et crue dangereuse de la rivière Fangu

Les pompiers de Haute-Corse sont intervenus, vers 16 h 30 ce lundi après-midi 05/06/23, pour porter assistance à trois personnes, deux enfants et un adulte, en difficulté après une crue soudaine de la rivière Fangu.
Ces touristes d'origine allemande ont été évacués par l'hélicoptère Dragon 2B et les pompiers du Groupement de recherche et d'intervention en milieu aquatique. Aucun d'eux n'a été blessé. Les orages qui se succèdent en montagne rendent dangereuse la pratique de la baignade en rivière.

Référence

Tempête du 18 août 2022 en Corse : dans les campings, un souvenir douloureux


Deux des cinq victimes de la violente tempête du 18 août ont perdu la vie dans des campings, un homme de 46 ans à Calvi, une enfant de 13 ans à Sagone.

Au camping Le Sagone, plus personne n'occupe l'emplacement numéro 103. C'est là où, le 18 août 2022, peu après 8 heures du matin, un arbre, déraciné par une tornade, s'était abattu sur une tente occupée par deux jeunes sœurs autrichiennes. L'aînée, âgée de 13 ans, y avait perdu la vie, un autre membre de la famille était grièvement blessé. 

Au même moment à Calvi, au Club Olympique, un homme de 46 ans mourait dans son bungalow, écrasé lui aussi par un arbre, tandis que le camping Dolce Vita était dévasté et une cliente Italienne se retrouvait en état d'urgence absolue.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin arrivait à Sagone en fin d'après midi, déplorant un phénomène météorologique aussi imprévisible que violent. La préfecture publiait un arrêté interdisant le couchage sous tente, la mesure entraînant ainsi l'évacuation d'une partie des campings de Corse, le temps de lever l'alerte.

Le 18 août, l'alerte n'avait été donnée qu'à 8 h 30 par la préfecture, "soit 20 minutes après le drame", précise-t-il. 

"Nous avions eu une alerte jaune la veille, mais des alertes de ce type, on en reçoit tout le temps ! La vérité est que Météo-France n'a pas les outils pour prévenir ce genre d'événements." Au lendemain du drame, tous les arbres du camping ont été expertisés. "Nous avons marqué et coupé tous ceux qui présentaient une fragilité. Certains arbres qui sont tombés ce jour-là étaient pourtant bien enracinés, mais ils ont été vrillés par le derecho (phénomène météorologique qui produit de très fortes rafales ndlr)."

Contrairement au camping Dolce Vita à Calvi qui avait dû fermer ses portes plusieurs jours en raison de dégâts trop importants, à Sagone, seul un bungalow a été totalement détruit. 

"Ici, la plupart des tentes ne se sont même pas envolées, la tornade a dévasté certains endroits seulement. Plusieurs clients de retour cette année, et qui avaient pourtant tout perdu ce jour-là, nous ont dit que nous n'étions pas responsables du malheur qui est arrivé", souligne le propriétaire.

La grande majorité du personnel qui travaillait l'année dernière a renouvelé son contrat pour la saison. Plusieurs employés ont bénéficié d'un suivi psychologique, à l'initiative d'Éric Cascio.

"Ils en avaient besoin. Aujourd'hui, tout le monde évite le sujet, mais, forcément, on y pense tous, dit-il tristement. Nous n'avons plus de contact avec cette pauvre famille. Que leur dire ? On n'ose pas. Nous avons planté un olivier à l'endroit où c'est arrivé, c'est la seule chose que nous pouvions faire... et nous souvenir."

Référence

 https://www.corsematin.com/article/societe/69848256962646/tempete-du-18-aout-2022-en-corse-dans-les-campings-un-souvenir-douloureux