Showing posts with label tradition. Show all posts
Showing posts with label tradition. Show all posts

Saturday, November 11, 2023

Pourquoi les écoles ferment-elles le 8 septembre en Corse ?

 Dans le calendrier liturgique, le 8 septembre correspond à la naissance de la vierge Marie, Sainte patronne de la Corse. Sur l'île, les établissements scolaires de tous les degrés ferment leurs portes en ce jour. Mais pourquoi ?

Ce vendredi 8 septembre, jour de célébration de la nativité de la vierge Marie, tous les établissements scolaires de Corse seront fermés. Mais ce n’est pas la première année puisque cette mesure a été mise en place en 2014 après de longues discussions et polémiques.  

À cette époque, Michel Barat, alors recteur de l’Académie de Corse et franc-maçon, avait pris la décision de vaquer ce jour en raison des différentes cérémonies culturelles et mémorielles qui se déroulaient sur l’île et qui entraînaient un taux d’absentéisme important.

Depuis, le 8 septembre est toujours resté un jour vaqué pleinement intégré au calendrier scolaire et qui ne semble pas prêt d’être levé. « Depuis sa mise en place, l’ensemble des personnels éducatifs et administratifs sont très attachés à ce jour », explique le rectorat. Pour rattraper ce jour, les établissements et les professeurs procèdent à une petite accélération du programme. 

Traditionnellement, que représente le 8 septembre ?

Le 8 septembre est inscrit dans le calendrier liturgique comme étant le jour de la nativité de la vierge Marie, mère du Christ et sainte patronne de la Corse. Ainsi, les croyants de l’île célèbrent cette date en s’adonnant à des processions. À Lavasina dans le Cap Corse, Casamaccioli lors de la Santa di u Niolu et à Pancheraccia, en plaine orientale avec la « festa di a Madona », les fidèles se rassemblent par milliers.  

Historiquement, le 8 septembre est aussi une fête rurale, patrimoniale et agropastorale. Cette période correspondait dès la fin du moyen-âge, aux mouvements de population observés à la fin de l’été après la transhumance et les estives des bergers. « Les célébrations religieuses s’accompagnaient de la foire rurale notamment au Niolu à partir de 1830. C’était un moment où les bergers vendaient leurs troupeaux, du matériel et se retrouvaient. », détaille le professeur d’histoire Gérard Dykstra.

Ce moment de retrouvailles perdure toujours dans le Niolu. Lorsqu’il était étudiant et que le téléphone portable n’existait pas encore, Gérard Dykstra se souvient du 8 septembre comme « un moment convivial où tout le monde se retrouvait autour d’un verre dans les barracaghji ».

Santa di u Niolu : Des milliers de fidèles réunis dans une immense ferveur

 Ce vendredi 8 septembre près de 3000 pèlerins sont venus montrer leur dévotion à la Vierge Marie toute parée de fleurs aux doux tons pastel se détachant sur le bleu marial du ciel de Casamaccioli, en présence de Mgr Bustillo, Evêque de la Corse. A l’issue de la grand messe où le recueillement des fidèles était palpable et émouvant, même, sa statue devait être portée en procession sur le champ de foire où avait lieu la traditionnelle Granitula tant attendue, en présence de 150 membres de diverses confréries insulaires.

Il est à peine 8 heures que déjà une file de voitures se forme dans la Scala di Santa Regina via le petit village de Casamacciuli, paese di a Santa. Les premiers fidèles, parmi lesquels de nombreux polyhandicapés venus chercher un peu de réconfort, se pressent sur le parvis de l’église dédiée à Notre Dame, ce sanctuaire abritant cette madonna di u Niulu tant vénérée, étant pour nous, et tous les Corses, avec a madonna di Pancheraccia et Notre Dame de Lavasina, notre petite Lourdes à nous (commune de Brando, Erbalonga), pour se recueillir à ses pieds . Dans la foulée, on se dirige vers le grand brûloir pour allumer un cierge et prier pour les siens, on l’invoque ardemment, les mains jointes, embrassant son image tant révérée. Il est temps alors d’aller se rafraîchir ou prendre un café car la matinée va être longue sous le soleil qui plombe ces hautes terres du Niolu. Le champ de foire et sa centaine d’artisans et autres barraccaghjii accueille la foule pour une première prise de contact tandis que l’heure de la messe approche. 

A 10 heures précises, les sonneurs font résonner les trois tonalités des cloches du campanile. Dans un rythme et un rite bien rodé, sans fausse note, les fidèles sont appelés à se rapprocher de l’esplanade de l’église tandis que Mgr Bustillo, Evêque de la Corse peine à se frayer un passage dans la foule dense, chacun souhaitant l’approcher, le féliciter après que le Pape François l’a créé Cardinal.

Autour de Pierre-Marie Geronimi, maire de Casamacciuli, ont pris place le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, Marie-Antoinette Maupertuis, président de la CdC, Paulu Santu Parigi, sénateur de la Haute-Corse, Jean-Félix Acquaviva, député de la 2e circonscription de la Haute-Corse ainsi que les élus de toute la région, mais également ceux venus de Bastia ou encore Portuvechju. 

Le ciel est torride, Mgr Bustillo, assisté de nombreux prêtres, diacres ainsi que de l’archimandrite de Carghjese invite les fidèles à se recueillir en insistant sur le côté 

« cultuel, humain et amical de ce traditionnel rendez-vous du 8 septembre dans le Niolu. Rendons grâce à Dieu pour le don de la Vierge Marie et célébrer ensemble la nativité de Marie. Nous écouterons la parole de Dieu, nous recevrons le corps du Christ et nous sortirons de cette messe fortifiés intérieurement. Je suis très heureux de célébrer cette messe avec vous, avec ce peuple qui se retrouve ». 

Les confrères et les fidèles entonnaient alors le chant d’envoi, à savoir Sunate Campane Corse, sunate in allegria, cantate o chjese corse, per a Vergine Maria...

​A l’issue de la cérémonie, chantée par les membres des confréries de Piana, Carghjese, Aiacciu, Marignana, Bastia, San Teofalu di Corti, Corscia et bien sûr Casamacciuli, la statue de la Vierge, portée par les confrères, quittait l’esplanade de l’église pour rejoindre le champ de foire. Les quelques 150 confrères entamaient alors la somptueuse granitula qui s’enroulait avant de se dérouler dans une exemplarité solennelle, symbole du renouvellement de soi. C’était le moment pour Mgr Bustillo de procéder à la bénédiction urbi et orbi tandis que la foule acclamait « a so Regina » : « Evviva a Santa, Evviva a Santa, Evviva a Santa » !

Après cet intense moment de foi, place à la fête proprement dit. Il est temps pour les fidèles de se désaltérer et de se restaurer en dégustant le succulent veau à la broche de Marcel Flori. 

L’après-midi sera consacré à la découverte des savoir faire insulaires en flânant autour des stands tenus par près de 120 artisans. La foire du Niolu se poursuit jusqu’à dimanche avec un programme riche et varié.

Référence


Tuesday, November 7, 2023

Le regain de la pierre sèche en Balagne grâce à la commande publique

 Bâtisseurs de murs à l'ancienne, Charlotte Peyronnenc et Antoine Silvestri remettent en état des parcelles cultivables grâce à des fonds européens levés par le Pays de Balagne. 

Pas de bétonnière, pas de ciment, pas d'eau. Juste des pierres ramassées sur place, de l'huile de coude et un savoir-faire peaufiné au fil des années. Les jours passent et les vieux murs retrouvent leur aspect d'antan, lorsque les villageois entretenaient rigoureusement le soutènement des parcelles qu'ils cultivaient.

Sur les hauteurs de Corbara, deux muraillers et leur équipe sont à pied d'œuvre depuis début octobre et jusqu'à fin novembre. Il s'agit de remettre à neuf environ 40 mètres linéaires de mur, pour 100 mètres carrés de surface totale. 

"Le Pays de Balagne refait des jardins dont la commune est propriétaire depuis quelques années, précise Franck Amadei, adjoint au maire en charge de l'urbanisme. L'idée est de remonter ces murs dans le traditionnel de l'époque, sans aucun ajout de ciment, et de redonner vie à ces jardins en les réattribuant à la population par tranches de 100 mètres carrés loués à l'année. Les gens pourront ainsi faire pousser quelques légumes dans le respect du travail des anciens." 

Aux commandes de ce chantier à 91 000 euros hors taxe, se trouve une jeune femme à la voix calme et au regard déterminé. Charlotte Peyronnenc a d'abord étudié et pratiqué la menuiserie avant de tomber sous le charme du travail de la pierre sèche.

"J'ai participé à la toute première formation organisée en 2015 par le Pays de Balagne et le Greta, relate-t-elle. C'était une formation diplômante de quatre mois en vue d'obtenir un certificat de qualification professionnelle. C'est ensuite devenu mon métier, même si je continue la menuiserie en parallèle. La pierre sèche, c'est un métier physique mais le corps se muscle petit à petit. J'aime le côté patrimoine, le sens de ce que l'on fait, la réflexion qu'il faut avoir. C'est un puzzle énorme et je ne vois pas passer mes journées. Le résultat est toujours valorisant."

Depuis plusieurs années, le Pays de Balagne finance via des fonds européens la réhabilitation de murs en pierre sèche. Des chantiers ont déjà été réalisés à Ville di Paraso, Santa-Reparata, Calenzana et Urtaca notamment. Antoine Silvestri, murailler d'expérience, se déplace régulièrement dans la région où les chantiers sont plus nombreux qu'ailleurs. 

"J'habite Corte mais il n'y a quasiment aucune commande publique dans le Centre Corse, constate-t-il. Cela se passe uniquement en Balagne. Nous autres, les muraillers, nous sommes convaincus de la fonction indispensable des murs en pierre sèche. On essaye de passer le message et de dire que c'est la meilleure façon de bâtir aujourd'hui. Il faut comprendre que le béton fait un écran à l'eau, qui pousse de l'intérieur. La pierre sèche est un drain naturel. Lorsqu'il pleut, elle redistribue l'eau en quantités limitées."

l est sans doute plus long - pas forcément plus coûteux - comparé au ciment, de bâtir un mur en pierre sèche. Mais le résultat est bien plus durable et, pour ainsi dire, garanti à vie. Si une partie venait à s'abîmer, l'ouvrage est réparable à l'infini, sans autres matériaux que la pierre qui vient de rouler. "Sa construction demande une technique d'appareillage, de pose de pierres, qu'il faut maîtriser parfaitement, prévient Antoine Silvestri. Il faut faire un maillage avec les pierres. Avec du ciment, c'est bien plus facile de tout caler en complétant les espaces."

La commande publique de murs en pierre sèche ne devrait pas s'épuiser en Balagne.Le PETR a inscrit dans le nouveau programme européen Leader, de nouvelles réhabilitations et de nouvelles formations. 

"L'idée est de continuer ce travail qui est un vrai succès auprès des communes et même des privés, se félicite Jean-Marie Séité, le président du Pays de Balagne et maire de Galeria. Il nous faut continuer à former des gens. Nous avons encore 14 projets en cours, la source ne se tarit pas. Il y a un effet boule de neige."

Reference

https://www.corsematin.com/article/societe/65742307787041/le-regain-de-la-pierre-seche-en-balagne-grace-a-la-commande-publique