Showing posts with label géologie. Show all posts
Showing posts with label géologie. Show all posts

Saturday, November 4, 2023

Amiante naturelle, géologie, prévention du risque sanitaire et conflictualité

 


Les montagnes qui constituent le Cap Corse, la région située entre le col de Téghime
et la vallée du Golo et au Sud la Castagniccia résultent d’une histoire géologique
complexe qui s’étale sur plusieurs dizaines de millions d’années. Cette histoire a vu
dans un premier temps l’ouverture d’un domaine océanique, associée à la mise à
l’affleurement de roches ultrabasiques (péridotites ± serpentinisées) et à la formation
d’une croûte ophiolitique constituée de gabbros et de basaltes. Cette phase d’accrétion
a été suivie par la disparition de ces roches océaniques, entraînées au niveau de
zones de subduction dans les parties profondes de la lithosphère. Une partie de ces
formations océaniques a échappé à cet enfouissement et a été exhumée, venant
s’accoler contre et parfois se superposer sur un domaine géologique plus ancien. Ce
domaine « ancien » affleure actuellement dans les parties sud et ouest de l’île et
correspond à la Corse dite « granitique » ou « hercynienne ». Les roches issues du
domaine océanique affleurent dans les parties nord et nord orientale de l’île et
constituent la Corse dite « schisteuse » ou « alpine » (Illustration ci-dessus).
La Corse alpine est constituée par un empilement tectonique d’unités contenant des
roches très variées. Certaines de ces unités sont constituées par d’anciens sédiments
ou par d’anciens granites, les autres par des péridotites plus ou moins serpentinisées
et associées ou non à des gabbros et à des basaltes métamorphisés (Lahondère,
1996). La plupart des limites qui séparent toutes ces unités sont tectoniques et peuvent
être soulignés par des affleurements discontinus de péridotites serpentinisées qui, du
fait de leurs caractères rhéologiques, ont « joué » un rôle de « lubrifiant » dans
l’édification de la Corse alpine (« couche savon »).
Les principaux massifs de péridotites ± serpentinisées et de serpentinites affleurent au
niveau de la retombée occidentale du dôme de la Castagniccia ainsi que dans la partie
occidentale du Cap Corse. Ces massifs appartiennent à différentes unités géologiques
qui ont toutes subi une évolution tectonique et métamorphique de type HP-BT4. Les
serpentinites sont associées d’un point de vue cartographique à des massifs plus ou
moins importants de gabbros magnésiens (euphotides) et ferreux. Parmi les faciès
également présents en Haute-Corse se trouvent d’anciens basaltes métamorphisés
dans les conditions du faciès des schistes verts. Toutes ces roches sont susceptibles,
du fait de leur chimisme, d'être amiantifères, c'est à dire de renfermer localement des
minéraux silicatés fibreux (amphiboles de type actinolite et trémolite notamment,
serpentines de type chrysotile). La probabilité est forte pour les péridotites
serpentinisées, moins importante pour les gabbros magnésiens et probablement plus
faible, hors contexte structural particulier, pour les anciens basaltes. Pour les unités à
matériel sédimentaire ou granitique, la probabilité de la présence de minéraux 
amiantifères est plus faible, voire nulle en dehors d’un contexte structural particulier
(zones à très forte déformation).
Les problèmes d’une exposition à l’amiante « naturelle » se posent d’une façon
évidente en Haute-Corse où des massifs très importants de roches amiantifères
couvrent d’importantes surfaces. Les études actuellement disponibles, peu
nombreuses, établissent cependant un lien entre cette exposition strictement
« environnementale » et le développement de certaines pathologies (plaques
pleurales, mésothéliomes).

Cartographie et minéralogie de l’amiante environnemental sur la commune de Bustanico (Haute-Corse); BRGM, Décembre 2011

Rapport final, BRGM/RP-60356-FR
Rapport de 132 pages
Mots clés : Amiante environnemental, Cartographie, Minéralogie, Serpentine, Antigorite,
Chrysotile, Trémolite, Serpentinite, Métagabbro, Haute-Corse, Bustanico.
En bibliographie, ce rapport sera cité de la façon suivante :
D. Lahondère, F. Cagnard, D. Maton (2011) – Cartographie et minéralogie de l’amiante
environnemental sur la commune de Bustanico (Haute-Corse). Rapport BRGM/RP-60356-FR,
132 p., 116 ill., 2 ann.

************
Pour mémoire, la valeur à ne pas dépasser à l’intérieur des locaux est fixée à 5 fibres
d’amiante par litre d’air (f/l) pour les fibres de plus de 5 micromètres de longueur.
************

Les Amiantes naturelles

L’amiante est une substance minérale naturelle qui correspond à six variétés de silicates fibreux ainsi qu’à tous les mélanges entre ces différents silicates. Ces minéraux sont connus depuis l’Antiquité sous le nom d’asbeste et ont longtemps été exploités pour leurs propriétés thermo-mécaniques. 
Ces six silicates appartiennent à deux groupes d’espèces minéralogiques, les serpentines et les amphiboles :
  • Les serpentines sont des phyllosilicates, c'est-à-dire des silicates dont les tétraèdres [SiO4]4- sont disposés en feuillets, monocliniques, de formule chimique Mg3[Si2O5](OH)4.
  • Les amphiboles sont des inosilicates en chaîne double, hydroxylés. Le groupe des amphiboles est riche de nombreuses espèces qui se répartissent dans trois grandes familles qui sont les amphiboles calciques, sodiques et ferromagnésiennes.
- au chrysotile (ou amiante blanc) / Serpentine,
- les Amphiboles,
    - à la crocidolite (ou riébeckite-amiante ou amiante bleu) / Amphibole,
    - à l’amosite (ou grunérite-amiante ou amiante brun) / Amphibole,
    - à l’anthophyllite-amiante / Amphibole,
    - à la trémolite-amiante / Amphibole,
    - à l’actinolite-amiante / Amphibole.

Cette liste de six minéraux, limitée aux seules espèces minéralogiques ayant fait ou
faisant encore l’objet d’une exploitation industrielle, constitue une définition
commerciale de l’amiante. Parmi ces six espèces minérales, le chrysotile constitue à lui seul 90 à 95% de l’amiante produit jusqu’à ce jour, le reste correspondant à des exploitations de crocidolite et d’amosite. En termes de production, l’exploitation des variétés asbestiformes de l’anthophyllite, de la trémolite et de l’actinolite peut donc être considérée comme négligeable.