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Tuesday, November 7, 2023

Ce retour de la Corse à Cavallu, de l'archipel des Lavezzi, cheval de bataille contre la spéculation

En usant, quand il le juge nécessaire, de son droit de préemption à Cavallu, le président de l'Exécutif corse entend contrecarrer les appétits spéculatifs sur l'îlot des milliardaires, tout en y introduisant un rapport de forces.

Deux millions d'euros pour acheter 3,3 hectares de terrain à Cavallu, c'est le prix que la Collectivité de Corse avait choisi de payer, en 2018, pour remettre le pied sur un bout de paradis depuis longtemps accaparé par des milliardaires dans les bouches de Bunifaziu. 

Cette acquisition, par le biais d'un droit de préemption, avait pris les oripeaux d'un acte éminemment politique, dans la lignée de cette journée de 2010, quand Gilles Simeoni, alors simple militant autonomiste, foula le sol de l'îlot pour y planter la bandera corsa.

Ce retour de la Corse à Cavallu, qu'il voyait à l'époque "comme une plus-value politique et symbolique", Gilles Simeoni l'assume et le revendique, mais il est sous le feu des critiques du groupe de droite Un Soffiu Novu, notamment de son chef de file Jean-Martin Mondoloni, qui s'était opposé à ce que le contribuable corse en payât le prix. Et vendredi, au cours des débats à l'Assemblée de Corse, Marie-Anne Pieri, toujours pour Un Soffiu Novu, a continué à questionner Gilles Simeoni sur l'existence d'un projet de la CdC à Cavallu, "parce qu'il y a quand même une notion de service public avec la contribution des deniers des Corses", a-t-elle rappelé.

La réponse de Gilles Simeoni s'est d'abord voulue comptable : 

"Les deux millions d'euros qui ont été dépensés, je pense qu'on aurait largement pu les amortir si on avait eu une fiscalité à la hauteur des enjeux, s'est-il dédouané. Il y a un manque à gagner, en terme de recettes fiscales, qui est considérable." Et de sortir en exemple une déclaration d'intention d'aliéner, formulée le 9 mars 2022 par un vendeur sur Cavallu, pour une vente à 6 200 000 euros, qui n'a rapporté que "350 000 euros" aux diverses collectivités : "Je pense qu'on pourrait faire beaucoup mieux dans notre logique de taxation des opérations spéculatives", a martelé Gilles Simeoni, en écho au processus d'ouverture à l'autonomie de la Corse, lequel serait en capacité d'intégrer un tel outil fiscal. 

Une manne qui pourrait représenter "une centaine de millions d'euros par an pour nourrir les droits de préemption là où on pourrait le faire sur les opérations spéculatives", espère le député Jean-Félix Acquaviva qui, en 2021 avait porté la  proposition de loi contre la spéculation immobilière, laquelle avait été adoptée par l'Assemblée nationale, mais toujours pas par le Sénat.

"Qu'ils me fassent un procès"

Gilles Simeoni a affiché sa volonté d'entrer dans un rapport de forces avec les propriétaires de l'île de Cavallu :

 "Les charges de copropriété, je ne les ai paierai pas, a-t-il affirmé publiquement. C'est une décision politique. Et j'attends que l'association syndicale des propriétaires de l'île de Cavallu me fasse un procès, que je puisse moi aussi les attaquer sur le règlement qui limite la circulation sur l'île, qui interdit les plages aux tiers...  Aujourd'hui, les limitations d'aller et de venir sur l'île de Cavallu, elles existent. Est-ce que ça vous convient ? Est-ce que vous voulez qu'on reprenne pied et qu'on dise que ce territoire est soumis aux règles de droit ?" 

Avant de répondre sur le projet porté à Cavallu par sa majorité : 

"Mon objectif est d'en faire une île partie prenante de l'ensemble de la Corse, sur laquelle on accède librement et sur laquelle on fait aller des classes, dans le cadre de projets pédagogiques, pour qu'elles voient ce que ça a été pendant trente ans à Cavallu quand il n'y avait pas de règles, et ce que ce sera demain quand on aura placé en son coeur la biodiversité et la protection de l'environnement."

Deux nouvelles actions anti-spéculation

Dernièrement, la Collectivité de Corse a d'ailleurs brandi son droit de préemption à deux reprises sur Cavallu, pour mettre des bâtons dans les roues des spéculateurs. 

"Dans un premier cas, on m'a signifié une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) pour un prix faible, quelques centaines de milliers d'euros, sur une parcelle en bord de mer qui supportait un bâti en ruines, rapporte Gilles Simeoni. Nous avons exercé notre droit de préemption. Et à ce moment-là, le notaire a retiré la DIA. Et il s'est avéré que la deuxième déclaration d'intention d'aliéner ne mentionnait plus une ruine, mais une maison en partie construite. Dans ces conditions, le prix a été très fortement modifié, à près de 5 millions d'euros. Bien évidemment, il n'était plus question de préempter. Je crois que les choses sont claires. Dans un premier temps, il y a un prix déclaré. Et dans un deuxième temps, il y a un prix réel..."

La seconde décision de préemption à Cavallu s'est, elle, exercée "sur deux parcelles de 1 597 m2 et 2 140 m2, a révélé Gilles Simeoni. La curiosité de cette affaire, c'est que le service des domaines en a estimé les prix à 4 000 et 5 350 euros si elles ne sont pas constructibles et à plus d'un million d'euros si elles sont constructibles. Or, ces parcelles ont été déclarées inconstructibles suite à l'annulation de l'ancien PLU de Bonifacio par le tribunal administratif. J'ai interrogé le maire de Bunifaziu (Jean-Charles Orsucci) qui m'a indiqué que ces parcelles ont vocation à rester définitivement inconstructibles. Mais il y avait une promesse de vente qui avait été réalisée à travers une DIA pour 400 000 et 200 000 euros. Je trouve cela incompréhensible et j'ai donc exercé mon droit de préemption au nom de la collectivité de Corse, en demandant que la transaction, si elle doit se faire, se fasse au prix de la parcelle inconstructible, tel qu'évalué par les domaines."

Depuis 2018, la Collectivité de Corse a comptabilisé un total de 47 opérations immobilières sur la seule île habitée de l'archipel des Lavezzi. "Les vendeurs et acquéreurs sont pour la plupart des sociétés étrangères", a précisé Gilles Simeoni, y relevant "une opacité quasi totale, avec des prix extrêmement importants".  

Référence

https://www.corsenetinfos.corsica/Gilles-Simeoni-veut-faire-de-Cavallu-son-cheval-de-bataille-contre-la-speculation_a74453.html

Wednesday, November 1, 2023

À L’Île-Rousse, un collectif et une pétition contre la construction d'immeubles

 U Cullettivu 66, composé de riverains, attaque en justice un permis délivré par la commune de L'Île-Rousse concernant la construction d'immeubles de quatre étages sur le terrain situé entre les écoles et le rond-point de Santa-Reparata

Le permis de construire, délivré le 12 juillet 2023 par la commune de L'Île-Rousse, prévoit la construction de quatre immeubles en R+4 sur le terrain situé entre les écoles de L'Île-Rousse et le rond-point menant à Santa-Reparata. Dans ce lotissement dit du Moulin à vent, sur une superficie d'un demi-hectare, le projet prévoit la réalisation de 66 appartements, ainsi que de parkings en sous-sol, sur une hauteur totale de près de 15 mètres.

La perspective de cette nouvelle promotion déplaît aux riverains qui ont décidé de constituer un collectif, baptisé Cullettivu 66. Un recours auprès du tribunal administratif de Bastia a été déposé le 25 septembre 2023 et une pétition en ligne rassemble près de 300 signataires. Le collectif justifie sa prise de position par la proximité avec les écoles et le taux de résidences secondaires, déjà élevé sur la commune. En effet, la ville de 3 224 habitants comporte 3 418 logements, mais 1 527 de ces logements sont destinés à la population permanente et 1 861 sont des résidences secondaires.

"Il n'y a pas de problèmes de logement à L'Île-Rousse, mais des problèmes de politique du logement, assure le collectif. Lorsque nous avons réalisé ce qu'allait devenir ce lopin de terre, nous nous sommes dit que c'était pure folie qu'il puisse y avoir une énième promotion immobilière dont nous ne savons rien. Car il manque les informations sur la destination de la promotion et sa composition. On sait aujourd'hui que le T2 est surtout destiné à la location saisonnière. Les jeunes Île-Roussiens qui s'installent ont besoin de plusieurs chambres, pour fonder une famille."

Un espace public pour les élèves

Selon nos informations, ce n'est pas la première fois qu'un projet immobilier est balayé sur ce même terrain du Moulin à vent. Une première promotion privée, puis une promotion sociale confiée a Erilia, avaient été abandonnées. À chaque fois, c'est la hauteur des immeubles qui a causé du tort au porteur de projet. D'autres refus, notamment de la CDC, auraient été justifiés par de mauvaises conditions d'accès.

Selon le Cullettivu 66, il en va aussi de la sécurité et du confort des 300 enfants des écoles.

 "Nul n'ignore que les principales victimes d'accidents urbains sont les enfants de moins de 10 ans : petite taille, mauvaise analyse latérale, mauvaise perception des sons et de la vitesse, assure le collectif. Nos écoles ont perdu 40 élèves en 5 ans car les écoles environnantes ont toutes développé des installations ludiques et sportives qui attirent les élèves. Comment est-ce possible que dans une ville de plus de 3 000 habitants, nous ayons une école primaire et maternelle avec seulement 20 places de parking. Il y a un terrain vague de 5 000 mètres carrés et il ne s'y passe rien, aucun projet dédié à notre jeunesse. Nous souhaitons que la mairie ou une collectivité autre rachète ce terrain, en fasse un espace public, un projet dédié aux élèves des deux écoles et ouvert à tous le reste du temps.

Contactée, la municipalité de L'Île-Rousse estime qu'elle a de bonnes chances d'arbitrer le litige en faveur du collectif.

 "On a opposé un premier refus de permis contre ce projet, le 19 avril 2023, pour une question d'accès, puisqu'il y avait un avis défavorable de la CdC, rappelle Benjamin Genuini, conseil municipal en charge de l'urbanisme. Le projet a été remodelé et a finalement obtenu toutes les autorisations possibles, notamment des services de l'État. Mais il y a un point de droit qui nous a échappé : le règlement du lotissement du Moulin à vent interdit les constructions supérieures à une certaine hauteur. Ce point nous paraît fondé, le promoteur a été avisé et s'il n'apporte pas d'éléments contraires, le permis va être retiré."

Le Cullettivu 66, prêt à aller devant les tribunaux, a peut-être déjà gagné son combat.

Référence du 13/10/23

https://www.corsematin.com/article/societe/13266585542251/a-l-ile-rousse-un-collectif-et-une-petition-contre-la-construction-dimmeubles

Les effets du changement climatique (6/7) : vers un tourisme plus résilient ?

Canicules, évènements extrêmes, recul du trait de côte : le changement climatique va poser des défis majeurs d'adaptation à l'industrie du tourisme.

Selon l'Insee, la consommation touristique finale en Corse équivaut à 39 % du PIB insulaire, cinq fois plus que la moyenne nationale. Cette dépendance pose la question de la vulnérabilité de cette industrie face au dérèglement climatique. Ainsi, les épisodes caniculaires, dont la fréquence devrait augmenter, ont un impact sur les comportements. Lors du mois caniculaire de juillet 2019, la Corse avait enregistré une baisse de fréquentation de 8 %, selon le cabinet Protourisme, la plus importante en Méditerranée, délaissée au profit de la Bretagne ou de la Normandie. 

"Nous avons cette année, dans les enquêtes menées auprès des vacanciers, constaté pour la première fois des mentions de la chaleur comme source de désagrément", indique Frédéric Petrucci, directeur de l'Agence de tourisme de la Corse (ATC).

Au-delà des questions liées au lissage de la fréquentation et de l'efficience économique, l'étalement de la saison est-il une réponse ? "Les épisodes caniculaires peuvent apporter un argument supplémentaire pour inciter les clientèles à opter pour des périodes météorologiquement plus clémentes. En 2022, 45 % des touristes sont venus pendant les grandes vacances, ils étaient 52 % en 2017", explique Frédéric Petrucci. Un problème auquel répond aussi la déconcentration des flux vers la montagne et les activités de plein air, estime l'ATC.

Par nature imprévisibles, les événements naturels violents perturbent aussi la demande. Ils "peuvent causer des annulations de voyage de dernière minute par mer ou en avion, comme cela s'est passé en décembre 2019", note le Centre d'études et d'expertise sur les risques et l'environnement (Cérema) dans son "analyse des effets du changement climatique en Corse" (2021). Rafales, inondations : l'île avait été traversée par la violente tempête Fabien, qui avait paralysé les lignes maritimes et aériennes durant 48 heures. Si pour le Cérema, il faut s'attendre à une augmentation des réservations et annulations de dernière minute, l'ATC indique ne pas avoir constaté cette tendance.

"Le risque zéro n'existe pas"

Le changement climatique influe aussi sur l'offre. "Le plus problématique pour l'appareil de production touristique corse est l'érosion du trait de côte sur le linéaire côtier oriental. Ce phénomène, partiellement lié au changement climatique, met en difficulté certains établissements. Des mesures préventives soutenues par la CdC ont été déployées pour essayer de mettre les établissements en sécurité", explique le directeur de l'ATC.

Autre secteur vulnérable : l'hôtellerie de plein air. Une jeune fille tuée par la chute d'un arbre sur sa tente au camping de Sagone et un homme dans un camping de Calvi, des centaines de vacanciers évacués, des dégâts matériels importants : la tempête d'août 2022 a démontré la précarité de ce type d'installation face aux événements climatiques extrêmes. Et la fragilité d'un poids lourd de l'industrie touristique : 4,4 millions de nuitées sur les 10,1 millions enregistrées entre avril et septembre 2022 en Corse. Un enjeu dont le secteur a pris la mesure, assure le président de la fédération corse de l'hôtellerie de plein air.

 "Nous étudions la relocalisation de tout ou partie de certains campings", indique Alain Venturi. Une mesure destinée à se prémunir de certains risques, notamment les inondations. "Cela soulève des problèmes administratifs. Si vous voulez déplacer des mobile homes ou des habitations légères, le PLU doit vous permettre de le faire", explique-t-il. "Concernant les zones qui abritent des tentes, on réfléchit à faire réaliser des examens par des spécialistes afin de sonder les arbres et d'identifier des fragilités", détaille Alain Venturi, qui convient toutefois que "le risque zéro n'existe pas".

Référence du  28/10/23

 https://www.corsematin.com/article/environnement/7675404895582515/serie-les-effets-du-changement-climatique-6-7-vers-un-tourisme-plus-resilient